Cause toujours

11 Juin

Non, cher lecteur, ne t’enfuis pas ! Ton avis m’intéresse, et ce n’est pas ce titre foireux qui va tout remettre en cause (toujours). Je n’ai pas choisi cette injonction pour que tu t’en ailles. Je ne l’ai pas non plus choisie pour te raconter l’anecdote (pourtant si drôle) du jour où ma copine Kro, alors âgée de 8 ans, a envoyé balader Soeur Suzanne qui nous bassinait avec ses évangiles à la mords-moi-le-noeud (eh oui, en Alsace, on a des congés en plus et des cours de catéchisme) en marmonnant un cinglant « Cause toujours, tu m’intéresses » – elle s’est malheureusement fait griller par Soeur Suzanne, qui s’est empressée d’aller le raconter au dirlo. Rapporteuse à quatre moteurs.

Et mon Q, c’est du poulet?

Soyons sérieux, je ne vais pas non plus vous avouer mon penchant pour la parlotte intempestive, celle qui m’a valu pendant des années des bulletins scolaires plombés par des « manque de concentration » et des « bavarde ! ». Ma foi, en 1998, on n’avait peut-être pas encore entendu parler des capacités multitâches de la femme.

Non, non, je ne vais pas parler de tout ça maintenant (mon Dieu, il faut vraiment que j’arrête de commencer mes articles en vous disant ce dont je ne vais pas vous parler : j’ai le désagréable sentiment d’être une Ruquier en puissance). Ce qui m’inquiète plutôt, aujourd’hui, c’est qu’on me cause. Toujours.

Car oui, on me cause. Dans la rue, au cinéma, à l’arrêt de bus, on me cause, on m’interpelle, on me hèle. Vade retro, langue de biatch : je ne joue pas ici un rôle de fausse modeste, qui essaie de vous faire comprendre avec force subtilité à quel point c’est trop dur d’être une bombasse qui se fait draguer à tours de bras.

Non, non. Je ne dis pas que je me fais draguer (ça se saurait). J’ai simplement évoqué le fait que des malotrus se sentent suffisamment en confiance avec moi pour me déranger dans mes pensées/ma conversation/mon repas. Nuance.

Alors que je tenais avec ma soeur Pivoine un dialogue absolument captivant sur les nouveaux parfums de glace chez le glacier du coin, un couard s’est mis à fixer mes pieds nus dans leurs sandales façon Allemande-en-balade (confort avant tout, quoi) puis m’a assèné un traître et assassin « En voilà des jolis petits pieds tout blancs ». Tout blancs? Alors que j’avais déjà les marques de bronzage ? Vexation.

Une semaine plus tard, toujours avec ma soeur Pivoine, à la terrasse d’un restaurant. Les travers de porc sont tristes, les nouilles chinoises sont froides. Le coeur n’est pas à la fête, je fixe d’un air morose le bol de taboulé fadasse que je tiens dans ma main. Un énergumène me tire de ma rêverie et hurle un « Mmmmmmh Miam miam ça a l’air bon » fracassant, en collant pratiquement sa truffe dans ma corbeille de pain.

Bien sûr, ce ne sont que des exemples, des échantillons de ce que je subis au quotidien. Je vous épargne les « T’as une sale gueule, toi ! » lancés à deux reprises par un camarade de classe haut comme trois pommes et par un clochard (que j’espère éméché). Je vous fais aussi cadeau des mamies marocaines qui me tiennent la jambe pendant trois heures en version originale non sous-titrée parce que j’ai le malheur de répondre à leur Salam Alekum. Je ne préfère même pas évoquer avec vous la quinquagénaire hystérique qui a collé sa Mini Cooper à ma vieille Clio pour me signaler que j’avais oublié de mettre le clignotant environ 10 kilomètres plus tôt – la pauvre s’égosillait, je n’avais pas compris tout de suite qu’elle s’adressait à moi et continuais donc à me trémousser sur « Bélinda » de feu Cloclo.

Mes copines et moi

Qu’on se rassure, il y a aussi des moments où je peux gambader à travers ville en toute tranquillité. Ces instants précieux me permettent d’ailleurs de réfléchir de manière sereine mais assidue à ma liste de courses, à l’explication de mon découvert ou à cette photo trop fun que le Mââââle a prise hier, mais sur laquelle j’ai vraiment l’air d’un boudin. C’est généralement à ce moment précis qu’un intrus se plante face à moi et s’écrie : « Eho ! Faut sourire un peu, hein ! », d’un ton énervé, comme si reposait sur moi l’ambiance générale du quartier.

On voudrait donc que je me gausse toujours ?
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10 Réponses to “Cause toujours”

  1. Lyli Minette 12 juin 2012 à 10:21 #

    « Bah oui hein, faut sourire un peu, faut pas avoir cet air renfrogné Mademoiselle. »
    La mademoiselle, elle t’emmerde, elle fait la gueule SI ELLE A ENVIE, bordel.

  2. AnnaPoubelle 12 juin 2012 à 07:48 #

    Je te jure, moi j’aime pas les gens!!!

  3. Ragnagna 12 juin 2012 à 07:26 #

    J’espère vraiment que tu as bien reçu le mec avec sa remarque sur les pieds. Nan mais de quoi je me même !!!
    Je suis en mode mp3 et regard dans le vide dans le train pour éviter les bavards. Donc certes comme tout le monde je tire la gueule, mais tout pour qu’on me foute la paix 8)

    • lemiroirdenarcisse 16 juin 2012 à 11:05 #

      Ahahah! Oui la technique MP3, j’ai pratiqué aussi… mais quand tu es avec qqun, ça marche pas!! 😀

  4. Ladite Pivoine 11 juin 2012 à 22:41 #

    Et qu’en est-il de la si bien nommée « photo trop fun »? Moi, je ne crois que ce que je vois, (cf Saint Thomas)…

  5. oeilpouroeilflanpourflan 11 juin 2012 à 22:11 #

    Bélinda ?!?
    Il y a encore tellement à apprendre sur toi ! 🙂

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