La honte m’a tuer (ou presque)

27 Déc

Sentiment de honte, le ridicule ne tue pas, honte ridicule

Souvent, je déambule avec fierté et panache. Je distribue des sourires complices aux vieilles dames et je pavane, perchée sur mes talons, lorsque ma route croise celle d’une bande de bellâtres. J’ai donc, en temps normal, une certaine aura autour de moi (non, je ne pèse pas mes mots).

Mais parfois, cette aura disparaît. En fait, elle me quitte tous les jours, du lundi au vendredi, entre 9h et 18h, la bougresse. Dès que je mets un pied dans mon bureau, je deviens affreusement fade – voire carrément nouille, selon les jours. Mon visage et mon allure

générale se métamorphosent, pour laisser place à un sourire figé et un regard proche de celui d’un bovin. Je ne comprends plus des phrases simples, et je déblatère avec une aisance toute relative un ramassis de banalités à faire s’écrouler de sommeil un danseur de tecktonik.

Cette malédiction ne date pas d’hier. A l’époque, je consacrais mes week-ends aux BigMac, sauce Potatoes et autres Ronaldland (c’est tout ce que j’aime), durant des plages horaires s’étalant sur 12h (9h30-14h30/18h45-20h45… ou les joies des horaires entrecoupés), et je découvrais les joies d’une relation client minimaliste : « -Menu Best of ou Maxi ? – Maxi. – Frites-coca ? Coca. – 5 euros 40 svp » (depuis, j’ai constaté une inflation fulgurante du menu Best of, et abandonné toute forme de relation commerciale).

La dégaine spécial « équipier polyvalent » n’était sûrement pas étrangère à la disparition de mon aura. Mais les foudres de la honte se sont abattues sur moi le jour où, en plein « rush » (= moment de speed… le langage Mac Do a ses raisons que la raison ne connaît point), un cri suraigu m’arrache à mes friteuses : « Aaaaah !!! Un gros s’est suicidé !! ». Chouette !! Plus de manager, alors ! On rentre chez nous ? Yeux inquisiteurs braqués sur moi et ma splendide pelle à frites. Moment de flottement. Eclair de génie qui traverse un peu trop tard mon esprit : un gros, c’est un 280. Et un suicide, c’est un sandwich qui tombe. Gloups.

Des années durant, j’ai donc subi de petits désagréments ponctuels au travail. Mais, dans l’ensemble, je conservais tout de même une certaine dignité. Pourtant, ces derniers temps, le phénomène s’aggrave. Entre les trémolos dans la voix et la prise de décision inexistante, j’erre comme une diva à la recherche de sa gloire perdue. Une question houleuse est posée dans le cadre personnel, je débats des heures durant. La même tombe sur le tapis professionnel, et me voilà incapable d’argumenter autrement que par des gloussements inappropriés (« C’est nul, la guerre.  – glousse-glousse. »).

Si j’étais psy, je me pencherais certainement sur le statut de stagiaire qui a été le mien il n’y a pas si longtemps. Un statut qui ne donne droit à rien d’autre qu’à des félicitations surdimensionnées pour avoir réussi à découper une feuille de papier en 8 parts égales, qui tue dans l’œuf toute tentative de proposition professionnelle et qui gomme (très) efficacement tout éventuel trop-plein de confiance en soi.

 

Ceci est une gourde

Glousse-glousse

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7 Réponses to “La honte m’a tuer (ou presque)”

  1. Petite châtaigne :) 28 décembre 2010 à 21:43 #

    Je suis hilare suite à la lecture de ton billet.
    J’aime les sourires crispés et dépourvus d’émotion 🙂 Je m’entraîne tous les jours pour ça et je dois dire que je m’en sors pas mal 🙂
    On se comprend…une bonne châtaigne et ça repart…

  2. annecha 28 décembre 2010 à 20:39 #

    Ma chère Narcisse, tu sais que j’ai failli ne pas lire ton article rien qu’à la vue de la photo de cette cruche (ce terme n’est pas assez fort) de Gisèle qui appelle des blattes, des pigeons et des rats pour faire le ménage dans un appart près de Central Park. Bref, passons. Je tiens cependant à te remercier du « Aaaaah !!! Un gros s’est suicidé !! » et de l’explication qui suit. Je pense me faire tous les McDo de France et de Navarre juste pour avoir le plaisir d’entendre cette phrase (quand moi même grosse, je me suiciderai au beau milieu d’un McDo qui sait ?)
    Sur ces divagations, je cours lire le dernier article publié en espèrant trouver d’autres petites pépites…

    • lemiroirdenarcisse 28 décembre 2010 à 20:41 #

      TROP MARRANT ton comm mon AnaCarlota!! Je suis pliée en 4 devant mon ordi, quand j’imagine un harakiri au beau milieu d’une BigMac Factory!!! ;-D Merci pour cette franche rigolade!!

  3. lemiroirdenarcisse 27 décembre 2010 à 20:44 #

    « How does she know that you love her?? » (vost, please, Mister Flan, où est passé votre bilinguisme ?)
    le macdo est une source d’apprentissage merveilleuse : tu as aussi eu affaire à des gens qui commandent des « gros » sans sauce, sans tomate et sans fromage? 6 euros pour du pain et un steak surgelé…no comment…

  4. oeilpouroeilflanpourflan 27 décembre 2010 à 20:37 #

    Je rêve où la photo n°1 provient du film ‘Il était une fois’… ça me donne une furieuse envie de danser en chantant « comment lui dire que tu l’aimes, tududu, en lui écrivant des poèmes !!! »
    PS : je viens d’apprendre ce qu’est un ‘gros’. Comme quoi la conscience pro me fait défaut… à défaut de l’aura ! Mouhahahaha.

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  1. Métro, boulot, bipo… « Et moi, et moi, et moi… - 22 février 2011

    […] déjà évoqué le fait que quand je suis au boulot, je me mute en une espèce de gourdiflette géante à l’allure aussi molle que le ciboulot. Bon. Cela étant dit, j’ai quand même […]

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