Je rêvais d’un autre monde

22 Juil

Comme dans la pub avec Zidane, c’est toujours la même chose : d’abord, accéder à Facebook. Ensuite, actualiser la page. Enfin, découvrir que la cousine d’une collègue est en vacances sous le soleil et que 3 de mes amis ont commenté une vidéo de chats.

Et, au milieu de tout ça, l’annonce du chaos, du sang et de l’horreur.

Ce soir, c’est Munich. Hier, c’était Alep ; avant-hier, Paris, Bruxelles ou Istanbul. Depuis des mois, le monde rugit, le monde tremble, de colère ou de peur. Pendant un putsch, un feu d’artifice ou une virée au Mac Do, la mort peut surgir. Ce n’est pas nouveau, ce n’est pas non plus plus violent que les éternels conflits que Claire Chazal et consorts évoquent « en bref et dans le reste de l’actualité » au 20h depuis des décennies. Et pourtant. Parce que ça se passe aux portes de nos maisons ou parce que c’est devenu presque quotidien, tous ces cadavres qui s’empilent commencent à peser lourd. Certains ont peur et le disent, d’autres ont peur et clament l’inverse, au nom d’une liberté qu’on ne saurait leur retirer. Daesh, Daesh, Daesh : ce mot inconnu il y a quelques mois est désormais sur toutes les lèvres, qu’on soit journaliste, politicien ou vendeuse en boulangerie. Profitant de nos cerveaux bouillis par les infos, les rumeurs et les constats hâtifs, ce fameux Etat de la terreur est aussi devenu la cause et le résultat de tous les « événements », auxquels il s’associe à la moindre occasion. Le monde a peur, on fait peur au monde, le monde a encore plus peur : la boucle de l’angoisse est définitivement bouclée.

Au milieu des morts, la vie. Ici, on aimerait trouver des Pokémons ; là-bas, des enfants aimeraient devenir des Pokémons pour qu’on les trouve. Le monde poursuit sa marche, avec ironie, bonne humeur ou désinvolture. Et, pendant que le monde devient Charlie, Bagdad ou Orlando, moi, je dépose des stickers hiboux au-dessus du berceau, je pose ma main sur mon ventre bien rond et je fais de toi mon seul monde.

Tu seras un homme, ma fille (et vice-versa)

25 Mar

« Mais comment vous allez faire pour préparer la chambre ? » – voilà ce que j’entends parfois quand j’annonce que je préfère attendre ta venue pour savoir si tu es une fille ou un garçon. Apparemment, ce que tu auras (ou pas) entre les jambes devrait conditionner la couleur des murs de ta chambre, celle de tes bodies et celle de ta poussette. Pas de chance : face à de telles remarques, je ris jaune, je vois rouge et je suis verte de rage. Bien assez de couleurs pour t’accueillir comme il se doit, donc.

Peut-être que tu aimeras le tuning ?!

Peut-être que tu aimeras le tuning ?!

Lire la suite

(F)utile

13 Juil

A la rentrée prochaine, j’animerai enfin un atelier d’écriture hebdomadaire (ceci est une pub). Après des années à avoir eu envie de le faire, mais sans oser/sans avoir le temps/sans me manifester à temps, ça y est : je vais enfin quitter mon ordi pour gagner ma vie autrement qu’en écrivant des guides d’achat sur les aspirateurs.

Vous hésitez toujours à changer d'aspi ?

Vous hésitez toujours à changer d’aspi ?

C’est donc dans la joie et la bonne humeur que j’ai crié la bonne nouvelle autour de moi. J’en ai même parlé sur Lire la suite

Oh Mamie, Mamie glousse

21 Mai

(ça s’arrange pas, les titres)

Je crois l’avoir déjà dit ici, mais je voue une passion dévorante pour tout ce qui est né avant 1940. Ou plutôt, pour tous ceux qui sont nés avant 1940. C’est bien simple : mon voisin préféré, c’est Jean-Pierre, 76 balais dans le placard et plus d’énergie à revendre que tout le quartier réuni. Au cours de pâtisserie auquel j’ai assisté le mois dernier, j’étais comme un poisson dans l’eau, entourée de Joséphine, Marielle et Françoise, 185 ans à elles trois. Alors, évidemment, point de mystère : sur mes 6 meilleures amies au monde (LOVE les BFF – coeur-coeur-coeur), 3 font partie de ma Lire la suite

Texte à charge(s)

12 Mai

Certains ici le savent, d’autres ignorent cette information capitale : pour gagner ma croûte (et la casser, donc), j’écris. Des descriptifs produits, des interviews, des articles parfois sans fond, mais toujours avec les formes : j’écris un peu de tout et parfois n’importe quoi, tant que ça fait plaisir à Maître Google sur ses dollars perchés.

Ca fait maintenant plusieurs années que je suis donc ma propre patronne, mais aussi ma propre collègue, ma propre commerciale et ma propre comptable. Alors, évidemment, tout ça présente bien des avantages (autres que travailler en pyjama), et vu de l’extérieur (et de l’intérieur aussi, d’ailleurs), le quotidien est plutôt cool.

MAIS. Lire la suite

Regrets, reproches

7 Mai

– Franchement, t’aurais dû.

– J’aurais pu.

– A ta place, j’aurais pas fait comme ça.

– Si seulement…

– Pourquoi tu m’as pas écouté ?

– J’aurais bien aimé.

– Je te l’avais dit.

– Tant pis.

Je ne suis pas Charlie

8 Jan

je-suis-pas-charlie

Hier matin, à 11h30, je regarde ma montre et je compte les minutes qu’il me reste avant de retrouver le Mâââle pour tester un nouveau restau. Je suis impatiente, affamée, ennuyée, pas bien réveillée, mais je ne suis pas terrorisée. Non, je n’ai pas peur, car je ne vois pas débarquer dans la salle où je me trouve deux (ou trois) hommes armés jusqu’aux dents. Ce n’est pas moi qui dois faire face à l’horreur, ce n’est pas moi qui comprends que ma dernière heure est arrivée, sonnée par deux (ou trois) fous qui ont perdu les pédales.

Je ne suis pas Charlie.

L’acte le plus subversif que j’aie jamais commis : en primaire, transformer mon cahier de religion en un cahier de (mauvais) dessins pour faire rager Soeur Suzanne. A la première remarque du dirlo, prise de panique et de remords, j’arrache les pages fautives et j’affiche sur mon visage un sourire angélique pour me faire bien voir. Alors, même des années après, même dans un contexte différent, une chose est sûre : si j’avais eu le moindre talent pour la caricature, j’aurais tremblé à chaque parution d’un dessin un peu plus engagé que les autres. J’aurais rangé mon crayon à la première menace de mort, j’aurais quitté la France et changé de nom si un incendie intentionnel avait ravagé mon lieu de travail. Je renoncerais en un clin d’oeil à ma liberté d’expression si je craignais un jour d’être la cible de gens mal intentionnés qui comprennent tout de travers.

Je ne suis pas Charlie.

Bien cachée derrière mon pseudo et mon écran, je pèse chaque mot que j’écris pour ne pas heurter la sensibilité supposée d’un lecteur qui ne me lira sans doute jamais. J’ai le courage de mes opinions quand je sais que tout le monde est d’accord. Je fais attention à ce que je dis, à ce que je fais, je ménage la veuve et l’orphelin. Pas toujours par manque de conviction, non. Je suis prudente parce que je suis couille molle. J’ai peur de tout, je flippe, j’angoisse. Dans un pays en guerre, je serais la première à prendre la fuite, à vivre à genoux. « Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente. »

Je ne suis pas Charlie.

Je n’ai pas le courage de ces gens qui affrontent leurs peurs au nom de leurs idées. Alors, non, je ne suis pas Charlie. Je ne m’attribuerai pas les lauriers d’une bataille que je ne sais pas mener. Mais je tire mon chapeau à tous les Charlie du monde,  et je leur dis merci de me permettre de vivre debout.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

%d blogueurs aiment cette page :