250 jours

250 jours : à peu de choses près, deux tiers d’une année. C’est long, c’est court. C’est en tout cas le temps qui me sépare aujourd’hui du jour où j’ai commencé ma nouvelle vie. L’ancienne, je l’ai laissée là, à environ 300 mètres de moi. Une maigre distance alors que certains souvenirs sont déjà si lointains.
Cette nouvelle vie, je l’ai voulue, décidée. C’est finalement non pas un début, mais une fin. Celle d’une grande histoire d’amour, et pas n’importe laquelle : ma grande histoire d’amour, celle dont, il y a encore quelques années, j’étais persuadée qu’elle ne terminerait jamais. On avait accepté nos défauts de gamin, on accueillerait sans broncher nos faiblesses de vieillards. Sans bague au doigt, on s’aimait pour le meilleur et pour le pire. Jusqu’à ce que les torts nous séparent.
Thiiiis is the end
Se retrouver seule. C’est un peu grisant : plus de compromis, si je veux des poissons rouges, j’achète des poissons rouges. Plus personne pour me dire que ça prend de la place – plus personne non plus pour me prévenir que ça fait des crottes de 10 cm de long. #desillusion
Être une femme seule, c’est être contrainte et forcée au lâcher-prise. Tant pis pour le tableau qui penche, tant pis pour les grosses armoires trop lourdes à déplacer, tant pis pour l’ordi qui met 10 minutes à s’allumer. Pas une question de théorie du genre, juste la flemme, finalement.
Et puis, il y a les autres. Pas forcément un enfer : je m’accommode des charos et des mythos. C’est le jeu, et on en apprend vite les règles même si elles peuvent être aussi douloureuses que celles qu’on soulage chaque mois avec un Nurofen.
Les autres, ce sont aussi les amis. Ils sont là, de toutes leurs forces avec moi. Compassion, douceur, parfois un peu d’envie : la vie du célibataire est parsemée d’une touche de mystère qui s’évapore dès qu’on est à nouveau « casée ».
Mo Mo Motus
Car ça semble bien être là le but ultime de la vie : trouver sa « moitié », « son » homme. Breaking news : il y a 250 jours que j’ai mis fin à une relation devenue trop négative, pas que je me suis amputée de mes deux jambes. Après vérification du médecin, il ne me manque aucun organe vital, je ne suis donc pas à la recherche d’une quelconque moitié – ni de quoi que ce soit d’autre, d’ailleurs. Je n’ai pas non plus envie d’ « en profiter » comme si je sortais de prison, et encore moins l’intention de draguer tout ce qui porte barbichette – je laisse volontiers à des candidates plus motivées le privilège de rencontrer Bertrand, le collègue esseulé du mari de la belle-sœur, même si entre célibataires on devrait bien s’entendre (bah oui).
Alors, non, inutile de me souhaiter de « vite retrouver quelqu’un », même si « on ne comprend pas » et que je sais bien qu’il n’y a « aucune raison que je reste célibataire, jolie comme je suis ». Qu’on se rassure : en couple, célibataire ou quand c’est compliqué, on reste toujours exposée à une liste de cases à cocher pour satisfaire la foule qui délire.

Je rêvais d’un autre monde

Comme dans la pub avec Zidane, c’est toujours la même chose : d’abord, accéder à Facebook. Ensuite, actualiser la page. Enfin, découvrir que la cousine d’une collègue est en vacances sous le soleil et que 3 de mes amis ont commenté une vidéo de chats.

Et, au milieu de tout ça, l’annonce du chaos, du sang et de l’horreur.

Ce soir, c’est Munich. Hier, c’était Alep ; avant-hier, Paris, Bruxelles ou Istanbul. Depuis des mois, le monde rugit, le monde tremble, de colère ou de peur. Pendant un putsch, un feu d’artifice ou une virée au Mac Do, la mort peut surgir. Ce n’est pas nouveau, ce n’est pas non plus plus violent que les éternels conflits que Claire Chazal et consorts évoquent « en bref et dans le reste de l’actualité » au 20h depuis des décennies. Et pourtant. Parce que ça se passe aux portes de nos maisons ou parce que c’est devenu presque quotidien, tous ces cadavres qui s’empilent commencent à peser lourd. Certains ont peur et le disent, d’autres ont peur et clament l’inverse, au nom d’une liberté qu’on ne saurait leur retirer. Daesh, Daesh, Daesh : ce mot inconnu il y a quelques mois est désormais sur toutes les lèvres, qu’on soit journaliste, politicien ou vendeuse en boulangerie. Profitant de nos cerveaux bouillis par les infos, les rumeurs et les constats hâtifs, ce fameux Etat de la terreur est aussi devenu la cause et le résultat de tous les « événements », auxquels il s’associe à la moindre occasion. Le monde a peur, on fait peur au monde, le monde a encore plus peur : la boucle de l’angoisse est définitivement bouclée.

Au milieu des morts, la vie. Ici, on aimerait trouver des Pokémons ; là-bas, des enfants aimeraient devenir des Pokémons pour qu’on les trouve. Le monde poursuit sa marche, avec ironie, bonne humeur ou désinvolture. Et, pendant que le monde devient Charlie, Bagdad ou Orlando, moi, je dépose des stickers hiboux au-dessus du berceau, je pose ma main sur mon ventre bien rond et je fais de toi mon seul monde.

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